Vendeuil-Caply

Commune de l’Oise

Vendeuil-Caply, occupée par les Romains, a révélé un patrimoine antique si riche qu’elle a été surnommée le Pérou des « antiquitaires ». La proximité avec la voie antique Senlis-Amiens assurait à cette agglomération secondaire une position stratégique.


Théâtre gallo-romain de Vendeuil-Caply - Théâtre gallo-romain de Vendeuil-Caply Crédits : CRDP d'Amiens

La commune de Vendeuil-Caply est localisée au nord du département de l’Oise, entre Amiens et Beauvais et à proximité de Breteuil-sur-Noye. En territoire Bellovaque, cette occupation romaine ( Bratuspantium ?) était installée dans une vallée sèche, le Val Saint-Denis, bordée par trois collines. Au sud-est, se trouvait le Calmont, haut de 152 mètres, au nord-est la colline du Catelet à 140 mètres et à l’est l’éperon du Froid-Mont culminant à 152 mètres. Cet ensemble défensif était complété à l’ouest par une zone marécageuse proche. La proximité de cette occupation d’époque romaine avec la frontière Ambienne et la voie antique Senlis-Amiens (Chaussée Brunehaut), assurait à cette agglomération secondaire une position d’autant plus stratégique.

Le site archéologique : historique des recherches

La première mention du site remonte à 1574, lorsque, sur le territoire de Vendeuil-Caply, les travaux agraires mettent au jour des vestiges et des objets antiques. Dès cette période, les érudits locaux vont porter une attention toute particulière à ce site et du XVIIe au XIXe siècle, des collectionneurs d’antiquités sillonneront le secteur à la recherche de monnaies et de médailles. Ainsi la renommée de Vendeuil-Caply lui vaudra le surnom de Pérou des antiquitaires. En 1956, l’identification d’un théâtre sur un cliché aérien de l’IGN est l’occasion de mettre en œuvre des fouilles programmées.

Elles seront menées par des bénévoles de 1956 à 1989 et en parallèles, des clichés aériens permettront d’esquisser le plan de cette agglomération secondaire bellovaque s’étendant désormais à environ 130 ha.

Les premiers balbutiements

Les éléments d’occupation les plus anciens se limitent aux abords de la vallée de la Noye, par la découverte au Froid-Mont d’une nécropole de la Tène Moyenne et la présence d’un oppidum probablement installé, d’après nos connaissances actuelles, sur la colline du Calmont.

Le développement du vicus : les temps romains

Les premières occupations romaines semblent dater de la fin du règne d’Auguste ou, au plus tard, au début du règne de Tibère. Elles sont localisées sur le mont Catelet, puis dans le Val Saint-Denis.


Mont Catelet. Photo. aérienne : R. Agache. Photo. fouille - Mont Catelet. Photo. aérienne : R. Agache. Photo. fouille Crédits : D. Piton

Tirant parti de la topographie, un camp romain s’installe au Catelet dans lequel des aires d’artisanats et une série de fosses ont été repérées. Quelques temps après, l’agglomération prend naissance au Val Saint-Denis matérialisée par des bâtiments en bois et torchis à toiture en tuiles ; mais un incendie les réduit en cendres sous le règne de Claude.

Cette catastrophe donne lieu à une période intense de reconstruction des habitats au Val et des monuments publics dès la seconde moitié du Ier siècle apr J.-C. Une voirie orthonormée est mise en place, ce qui laisse supposer qu’à cette période, le vicus atteint son développement maximum. A l’intérieur de ce périmètre tous les bâtiments offrent la même orientation. Leur construction emploie des matériaux en calcaire et les murs intérieurs reçoivent parfois des enduits peints décoratifs. Les parcelles d’habitat sont également dotées de caves et de puits.


Vue des habitats près du théâtre. Photo. aérienne : R. Agache. - Vue des habitats près du théâtre. Photo. aérienne : R. Agache. Crédits : fouille: D. Piton

Le théâtre est le seul bâtiment public connu et bien localisé. Son histoire est étroitement liée à l’évolution de la trame urbaine environnante sur sept phases chronologiques. Il témoigne de cette splendeur passée. Érigé à la fin du Ier siècle ou au commencement du IIe, cet édifice pouvait à l’époque accueillir près de 4.000 spectateurs. Autour de son aire centrale, un espace plan, l’orchestra et les bâtiments scéniques, une cavea de plusieurs niveaux de gradins en font un des rares bâtiments de spectacle aussi bien conservé dans ce qui fut la Gaule du Nord. 


Théâtre gallo-romain de Vendeuil-Caply - Théâtre gallo-romain de Vendeuil-Caply Crédits : CRDP d'Amiens
 
Parallèlement à la construction du théâtre, un fanum est bâti au Catelet, invisible en revanche du Val Saint-Denis. Le choix de son implantation pourrait correspondre à une mise en valeur ostentatoire. La manifestation cultuelle la plus ancienne est matérialisée par une couche de crémation, épicentre de la future cella du fanum. Les premières structures n’apparaissent qu’après, sans qu’il soit possible d’établir une chronologie relative. Elles sont intégrées à un ensemble plus vaste limité par un fossé circulaire matérialisant déjà l’espace sacré. Puis une autre forme d’activités cultuelles est matérialisée par 26 fosses à offrandes s’organisant autour d’une fosse centrale, comme à Gournay-sur-Aronde, qui s’échelonnent du Ier siècle av. J.-C. à l’époque augustéenne. La construction du fanum survient au plus tôt sous le règne de Néron ou au début du règne de Vespasien et s’assoie sur les fosses précédentes au préalable vidées. Au même moment, semble-t-il, un vaste portique est construit enfermant une zone aussi vaste que celle admise dans l’enclos circulaire. Il subira quelques réfections. Il est également possible que le fanum ait subi des transformations à la fin IIe ou au cours IIIe siècle ap. J.-C.

Ce secteur devient, par la suite, un lieu de « sacrifices ». Quatre inhumations (deux hommes et deux femmes) furent en effet retrouvées, toutes sur l’arase des murs de la galerie du fanum. Le premier, mort par pendaison, aurait été trainé par les aisselles avant d’être jeté dans la tombe. Le deuxième homme, traîné également, a vu en premier son tronc jeté dans une fosse, puis ses membres inférieurs. Quant aux deux femmes, elles furent inhumées face contre terre, poignets liés dans le dos. Le choix de lieux abandonnés, peu fréquentés, à l’écart de villages, pour y rejeter, même dans la mort, les parvenus, est une pratique qui perdure du Bas-Empire à la fin de l’Ancien Régime. Il est donc impossible de dater ces inhumations d’après les informations scientifiques à disposition.

Vers les années 80-95, un second incendie ravage l’agglomération. Les habitats sont rasés puis reconstruits. Un second théâtre, de taille plus restreinte, mise en oeuvre avec des « moyens limités », est construit au Catelet. 

La fin d’une époque

Un violent incendie ravage une grande partie du vicus vers 170-180. Ce désastre est, par ailleurs, attesté pour d’autres villes de Gaule-Belgique et semble être consécutif à des événements historiques qui eurent lieu sous le règne Marc Aurèle. Le vicus de Vendeuil-Caply ne s’en remettra pas totalement. Ainsi le théâtre du Catelet est abandonné, celui du Val Saint-Denis est réaménagé et agrandi pour la seconde fois et la reconstruction de l’habitat est opérée selon une organisation plus lâche.

Les crises économiques et militaires du IIIe siècle ap. J.-C. et les invasions, contribuent au déclin du vicus. Par la suite, seul le théâtre du Val Saint-Denis pouvait, avec quelques modifications et consolidations de murs encore en élévation, servir de refuge (castrum) en cas de danger. Il s’agit du seul secteur ayant connu une réoccupation au IVe siècle ap. J.-C. ; mais ses limites demeurent indéterminés. Une épingle germanique découverte près de la zone d’habitat, caractéristique de la parure féminine des milieux militaires fortement germanisés du nord de la Gaule, constitue le rare témoin d’une fréquentation du site à l’extrême fin du IVe siècle. Plus modeste, en revanche, est la réoccupation du fanum au Catelet.

On note, par la suite, une raréfaction de l’occupation. Les monnaies les plus récentes exhumées datent d’Arcadius et le terminus de l’occupation du Val se situe au début du Ve siècle.

Les derniers temps du site à l’époque médiévale

Vers la fin du IVe siècle et la première moitié du Ve siècle, la population est inhumée aux Marmousets. C’est là que furent mis au jour deux noyaux distinct d’une nécropole dont le premier est contemporain de l’occupation du Val Saint-Denis. Le second laisse envisager, d’après leurs coutumes et le mobilier qui accompagnait les défunts, l’arrivée d’une nouvelle population vers la fin de la première moitié du Ve siècle. Les sépultures les plus récentes sont datées des années 500 à 520/530.

L’inhumation était pratiquée selon une orientation ouest-est (chevet à l’ouest), en decubitus dorsal, en pleine terre le plus souvent dans un contenant en bois et dans des cas plus rares, en sarcophage. Les inhumés étaient habillés avec leurs accessoires vestimentaires, leurs armes et leurs bijoux accompagnés de dépôts viatiques (céramiques, verreries…). La plus ancienne sépulture repérée et datée de 450 de notre ère, est celle d’une femme âgée inhumée avec le costume traditionnel d’une communauté germanique.


Enfant Bas Empire. Photo. aérienne : R. Agache - Enfant Bas Empire. Photo. aérienne : R. Agache Crédits : fouille: D. Piton

Par ailleurs, la sépulture d’un jeune garçon d’environ un an et accompagné d’armes serait également le signe d’une filiation à ces familles militaires, auxiliaires de l’armée romaine et d’origine germanique. C’est principalement l’inhumation de cet enfant en sarcophage placé dans une chambre funéraire, dont l’orientation diffère de toutes les autres sépultures de la nécropole, ainsi que sa dotation exceptionnelle en mobilier, (il s’agit de l’une des plus riches inhumations de ce type connues pour la période 500-520/530), qui lui confère un statut particulier, voire la grande probabilité qu’il s’agisse du fils du chef de cette communauté.

Puis à partir du VIe siècle, les populations d’époques mérovingienne et carolingienne seront enterrées au Clos de Vendeuil, lieu-dit situé à un peu plus d’un kilomètre au nord du centre du Val, secteur où se développera également l’habitat.

Enfin, une dernière phase d’occupation est attestée à Vendeuil-Caply selon quelques sources écrites. Le texte le plus ancien, mentionnant le pagus « Vindiolensis », correspond au testament d’Adhalardus en 766. Deux autres documents mentionnent l’occupation en 847 et en 853, mais il faudra attendre 1049 pour trouver une référence à cette localité, dans un acte du pape Léon III. Puis, à partir du XIe siècle, un nouveau centre du pouvoir local se déplace sur le territoire actuel de Breteuil. L’abandon de Vendeuil semble avoir été progressif au profit de Caply et de Beauvoir entrainant un retour à une activité purement rurale.

Le musée archéologique

L’essentiel du mobilier exhumé sur le site lors des campagnes de fouilles successives est conservé au musée archéologique de Breteuil, un lieu d’exposition, construit à deux cent mètres du théâtre antique sur l’initiative de la Communauté de Communes des Vallées de la Brêche et de la Noye, est ouvert au public depuis le 4 juin 2011.

À voir également à Vendeuil-Caply

 

L’église et ses peintures murales extérieures


L’église de Vendeuil-Caply - L'église de Vendeuil-Caply Crédits : CRDP d'Amiens


L’église de Vendeuil-Caply - L'église de Vendeuil-Caply Crédits : CRDP d'Amiens


L’église de Vendeuil-Caply - L'église de Vendeuil-Caply Crédits : CRDP d'Amiens

Le calvaire


Calvaire de Vendeuil-Caply - Calvaire de Vendeuil-Caply Crédits : CRDP d'Amiens
Calvaire de Vendeuil-Caply - Calvaire de Vendeuil-Caply Crédits : CRDP d'Amiens

La Picardie est une ancienne terre de peuplement gaulois. Nombre d’oppida sont aujourd’hui répertoriés et la période gallo-romaine, qui suit la conquête et la venue des légions de César, ne fait que poursuivre un antique mouvement d’appropriation des sols par les populations rurales. Les travaux de Roger Agache, un des pionniers de l’archéologie aérienne, ont permis de dresser des cartes précises de l’implantation des sites archéologiques demeurant dans le sous-sol picard : temples, vicus, villae Ces documents sont d’ailleurs mis à jour grâce aux fouilles qu’imposent l’archéologie préventive, avec la loi de 1986, précisée depuis la création en 2001 de l’I.N.R.A.P., l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Thibaut, Émilie ; CRDP Picardie

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