Site archéologique de Champlieu

Camp romain

Les ruines du site de Champlieu, sur la commune d’ Orrouy dans l’Oise, s’étendent de part et d’autre de la voie romaine Senlis-Soissons. Elles révèlent un programme urbanistique romain destiné à peupler la zone et à lui faire jouer un rôle économique.


Le site de Champlieu, sur la commune d’Orrouy (Oise), propriété de l’Etat, est bien connu pour les vestiges spectaculaires qu’il présente sur le plateau surplombant la vallée de l’Automne, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Senlis, sur la lisière sud de la forêt domaniale de Compiègne. Il s’étend de part et d’autre de la voie romaine Senlis-Soissons.
Le site est bien connu et exploité au moins depuis le XVIe. Mais c’est à l’abbé Carlier que l’on doit la plus ancienne mention de découvertes archéologiques, en 1748 : il y reconnait un camp romain du Ve.
E. Caillette de l’Hervilliers revendique d’avoir été le premier archéologue à fouiller de façon méthodique à Champlieu, grâce à des crédits dégagés par Prosper Mérimée et Charles Lenormant, de l’Institut. Ses investigations portèrent sur le théâtre, en 1851. Ce fut le départ d’une longue controverse : la disparition de la plus grande partie du matériel, l’absence de relevés, puis la remise en question des résultats des fouilles napoléoniennes obligèrent à tout reprendre.

Un site préromain

Champlieu était située, avant la Conquête romaine, en territoire suession et à la limite des Bellovaques. Mais on ignore son nom à l’époque romaine. Elle était peut-être une agglomération secondaire ou oppidum perché, car les recherches effectuées entre 1977 et 1981 ont mis au jour un ou plusieurs bâtiments en matériaux légers ainsi que des fibules fragmentaires et tordues rappelant bien des rites préromains et des occupations primitives de sanctuaires antiques. Une certaine durée postérieure à la Conquête doit être admise, avant que les premières traces de romanisation ne soient perçues.

Les premiers temps de la colonisation

Avec la Conquête, le site est probablement réoccupé par des légionnaires romains, dès l’époque augustéenne. Avec eux, se développèrent des activités économiques importantes, agricoles et artisanales ; en effet, un fossé très large, a été retrouvé près des thermes, il aurait servi de dépotoir, et révèlerait la présence proche d’un abattoir de boucherie ; et à un four de potier, ou un dépotoir de four, indiquant des activités de céramistes gallo-belges itinérants se déplaçant avec les armées. Mais surtout, selon Inge Nielsen, la réalisation la plus importante des légionnaires serait la construction des thermes ; les élites gauloises ont emprunté très vite ce « modèle culturel » au monde romain.

Les débuts romains de Champlieu

A des dates très proches, sur une période de 30 à 40 ans à compter de 20 à 30 ans après la Conquête, au moins deux autres constructions, orientées est-ouest sont installées sur le site ; le premier est une pièce centrale, une cella bordée par au moins une galerie centrale ; le deuxième est sans doute un bâtiment annexe. Mais ce n’est qu’au début du règne de Claude, qu’un premier édifice religieux de construction monumentale leur succède, implanté sur la zone la plus élevée. Le plan est de tradition romano-celtique : une simple grande pièce, ouverte à l’est, avec une cella, qu’entoure une double galerie de circulation quadrangulaire. Peut-être y avait-il un autel ou une statue de part et d’autre de la cella. Il est utilisé jusqu’au moins 110 du début de notre ère.
 

Champlieu romanisée

Ce ne serait qu’au IIe que se réaliserait le vrai développement du site avec un nouveau temple, un théâtre et des thermes. Ces constructions relèveraient d’un même programme urbanistique visant à rendre cette zone plus habitée et plus propre à un nouveau rôle économique. L’agglomération se diviserait en quartiers. Il est indéniable qu’un axe de circulation Senlis-Soissons existait avant la voie qui est traditionnellement attribuée à Claude. Le théâtre s’installe sur une ancienne zone d’habitat. Orienté nord-est, en direction de la forêt, il présente la forme typique d’un demi-cercle outrepassé, avec les gradins en hémicycle. Il semble que seuls les gradins d’honneur de la partie basse aient été en pierre, les autres étaient en bois. Le diamètre maximum est de 71,40 m. d’est en ouest et de 49 m. du nord au sud, ce qui laisse à penser qu’il pouvait accueillir 4000 spectateurs. On a là une technique mixte qui combine la tradition romaine et celle du théâtre en pierre de la fin de l’époque hellénistique, que l’on retrouve dans les petites agglomérations ou dans des sanctuaires ruraux comme ceux de Vendeuil-Caply, Ribemont-sur-Ancre Il est possible que la naissance d’un temple monumental, se superposantà l’édifice rituel précédent, soit due à la volonté de relier cette aire sacrée existante depuis les premiers temps de Champlieu, aux nouvelles constructions et au tissu urbain ; et de créer alors un forum ou espace public trapézoïdal, entouré par le temple et le théâtre. D’ailleurs, le long côté, au nord, reprend la direction est-ouest rituelle et culturelle du temple, tandis que le petit côté coïncide avec l’orientation du théâtre. Le temple comporte un podium avec un carré interne surélevé destiné à la cella. Ce qui prouve que les traditions gauloises perduraient . Les thermes, quant à eux, occupent les quartiers artisanaux et commerçants, donc, selon la Société Historique de Compiègne, l’extrémité sud-est de l’ensemble ; soit à 30 m. au sud du théâtre. Relativement exigües (périmètre de 53* 23 m.), ils sont orientés nord-ouest/sud-est. Le bâtiment est articulé en deux parties, selon un schéma distributif de type linéaire : au nord-ouest, un grand atrium à colonnes de 20*23 m, et les pièces thermales au sud-est avec des cours en périphérie. Pour conclure, une enceinte tardive avec tours, ressemblant à un bastion et reliant le théâtre et les temples, aurait été construite, contemporaine aux invasions.
 

Champlieu médiévale

Une motte a été aménagée dans le temple partiellement ruiné, à l’époque médiévale ; après l’abandon de la motte, les derniers murs romains encore en élévation, devenus partie intégrante de la fortification, ont été récupérés. Le hameau de Champlieu fut rattaché à une date assez reculée de l’époque médiévale à la commune d’Orrouy (canton de Crépy-en-Valois, arrondissement de Senlis (Oise)). Sur une superficie communale de 1683 ha, le terroir de Champlieu en annexe un tiers environ, dont 300 ha sont exploités en culture. Les vestiges des bâtiments du Moyen Âge et des Temps Modernes sont quasi inexistants et rien ne permet de restituer ou d’imaginer la répartition entre l’espace construit et l’espace cultivé à l’époque médiévale. Faute de documents particuliers, il faut suivre la destinée d’Orrouy pour connaitre celle de Champlieu, rattachée administrativement à cette commune à une date inconnue. Il semble quelque peu ardu d’expliquer les mutations qui ont conduit Champlieu d’agglomération antique à minuscule bourgade médiévale autrement que par des lieux communs tel que famines, épidémies… Il faut considérer son rôle, tant sur le plan politique qu’économique, comme modeste. Au XVIIIe, l’agglomération de Champlieu paraît comme essentiellement rurale avec, cependant, des débouchés relativement importants vers les professions qu’offre la forêt. Les deux paroisses ont une structure sociale organisée, mais le potentiel économique, administratif et seigneurial, se tient au chef-lieu qu’est Orrouy. Aucun évènement particulier ne semble s’être produit sur ce territoire jusqu’à la guerre de 1914-1918 ; le Haut Commandement ayant transformé, en 1916, « La Plaine des Ouis » en un petit champ de bataille.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Thibaut, Émilie

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