Séminaire de Laon

Construction (1670-1674)

le séminaire du diocèse de Laon, édifié entre 1670 et 1674, devient alternativement bien d’état et bien religieux. Une récente et respectueuse réhabilitation en logements a permis d’éviter sa dégradation. La lecture historique du lieu est préservée.


Cour intérieure du petit séminaire de Laon Crédits : Claude Carême
Dans la cité médiévale laonnoise, les maisons ont une longue et complexe histoire. Leurs plans, comme leurs pierres ou leurs briques, en gardent la trace si on prend le temps de les lire. En exemple, le « séminaire », rue Saint-Pierre-au-marché.
 

La construction du séminaire

Au Moyen Âge, l’espace au delà du jardin du palais épiscopal, à l’est, est occupé par des maisons canoniales qui appartiennent aux chapitres de la cathédrale et de la collégiale Saint-Pierre-au-marché dont un mur roman survit. Au XVIIe siècle, l’évêque César d’Estrées décide de construire là le séminaire du diocèse de Laon selon la décision du concile de Trente. Il rachète huit des maisons canoniales. Le bâtiment pour l’instruction des prêtres est édifié entre 1670 et 1674 selon un plan en « L » par l’architecte Léon Bourgeois, avec une aile de 50 mètres nord-sud, du rempart à la rue Saint-Pierre, et, le long du rempart, une aile de 14 mètres ouest-est, où sont situés des réemplois de petites fenêtres en plein cintre. Le style classique, avec un décor réduit à un simple bossage des encadrements et à des volutes aux mansardes, marque l’austérité du lieu. Une ancienne maison de chanoine sauvegardée reste accolée en retour d’équerre au nord-ouest. Le rez-de-chaussée regroupe les parties communes dont chapelle, salle de cours, cuisine, réfectoire. Les cellules des 60 séminaristes se juxtaposent au premier étage et dans le grenier mansardé.

Pour l’agrandir, en 1720, des maisons canoniales qui demeurent de l’autre côté de la ruelle Saint-Pierre sont achetées et reliées par un couloir qui enjambe la voûte de la ruelle, à son entrée nord. Cette particularité s’observe encore. Peu après, en 1726, les prêtres de Saint-Nicolas-du-Chardonnet remplacent les Oratoriens pour assurer l’enseignement.

Ce bien d’Ēglise devient bien d’Ētat

Par la Constitution civile du Clergé de 1791, le séminaire est saisi et affecté au Département de la Guerre car Laon est ville de garnison. Il abrite des gardes nationaux en 1792, des prisonniers anglais puis autrichiens pendant le Directoire et le Consulat, mais il reste inoccupé, délabré, par la suite.

La façade nord, le long du rempart, de l’immeuble en cours de restauration. La voûte de la ruelle Saint-Pierre, le passage qui l’enjambe et l’agrandissement de 1720 sont visibles. (photo C. Carême)En 1817, l’Ēglise demande sa restitution. En 1822, Louis XVIII, par ordonnance, le met à sa disposition après une importante restauration « pour servir d’école secondaire ecclésiastique », soit de petit séminaire. Il est donc bien public utilisé par l’Ēglise. L’évêque de Soissons, Monseigneur Simony, obtient la jouissance de l’ancien jardin épiscopal afin de donner une grande cour de récréation aux 160 séminaristes. Le mur de séparation entre le petit séminaire et ce qui est devenu le palais de justice est reporté de 38 mètres à l’ouest. L’évêque achète à la ville la ruelle Saint-Pierre pour faire construire une grande chapelle néo-classique en 1829-1831.

Les étapes de construction du séminaire au XIXe siècle.

En 1830, en 1852, la municipalité voudrait récupérer le bâtiment pour le transformer en caserne. L’évêque s’insurge, fait valoir les frais qu’il a engagés. Pourtant, peu après, en 1855, le petit séminaire est transféré à Soissons. C’est à nouveau l’abandon. Il faut tout le dévouement de l’abbé Thévenard, curé-archiprêtre de Notre-Dame, pour maintenir le bien dans « sa destination religieuse ». En 1866, il le rachète 35 000 francs, dont ¾ versés à l’Ētat et ¼ au diocèse, l’agrandit par la démolition de deux petites maisons sises à gauche de l’entrée et acquiert la « pension Moucheron » voisine. Il établit un collège catholique de garçons, l’Institution Notre-Dame, qu’il cède en 1873 à la Société civile Saint-Bertin. Cinq ans plus tard, le diocèse le reprend et y abrite l’Institution Saint-Médard des sourdes-muettes et aveugles de l’Aisne. Les Filles de la Sagesse dispensent sept années d’études et d’apprentissage de la couture à 80 jeunes filles. L’abbé Bouxin supprime la dernière petite maison, près du rempart, enclavée dans le vaste ensemble.

 

Le « séminaire » redevient bien d’Etat

Par la loi de Séparation de l’Ēglise et de l’Ētat de 1905, le bâtiment redevient bien public départemental. Toutefois, l’Institution demeure jusqu’en 1939, avec une interruption pendant la Grande Guerre où les locaux sont confisqués par l’armée allemande qui en fait un lazarett. En 1949, la municipalité de Laon dirigée par le maire Levindrey le loue selon un bail emphytéotique et y installe l’école de musique. L’immeuble est en mauvais état, mais l’école devient un excellent conservatoire qui accueille plus de 600 jeunes. La menace de fermeture oblige à la réhabilitation complète ou au déménagement. En 2001, le conservatoire s’installe dans l’ancienne caserne Foch, au faubourg de Semilly. Le « séminaire » est à nouveau ouvert à toute dégradation.

Le retour à sa fonction première

Quelques années plus tard, une société immobilière, A.F.U.L., le réhabilite pour en faire des logements. L’espace retrouve son rôle initial d’habitat, quoique collectif à présent. Les architectes respectent le plan ancien du bâtiment et les étapes de son agrandissement, rendant aisée la lecture historique du lieu.

 

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Carême, Claude

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