Octroi à Laon

Le retour de l’octroi de 1798 à 1943

L’octroi, droit perçu sur les marchandises à l’entrée dans une ville est aboli en 1791, mais Bonaparte retablit l’octroi en 1798 pour mettre fin au déficit du budget des communes. Pendant 140 ans, l’octroi assurera la moitié des recettes totales de Laon.

L’octroi à Laon aux XIXeXXe siècles par « Claude Carême (Président de la Société historique de Haute-Picardie) », publié le 30/01/2012

 

L’octroi est un droit perçu sur les marchandises à l’entrée dans une ville. C’est un système fiscal ancien et très développé. Critiqué par les Lumières qui prônent le libéralisme, le « laisser faire, laisser passer », il est aboli par l’Assemblée constituante le 19 février 1791. Mais les difficultés financières contraignent à sa restauration sous le Directoire, le 27 vendémiaire an VII (18 octobre 1798). Il demeure jusqu’au 2 juillet 1943.

 

La place de l’octroi dans les finances de la ville

Au cours des siècles, les remparts survivent à Laon parce qu’elle est une place forte, mais aussi parce qu’ils sont un bon obstacle à la fraude à l’octroi. Diverses taxes perçues aux portes de l’enceinte existent tout au long du Moyen Âge et de l’Ancien Régime. La plus remarquable est celle « de pavage et de chaussée » destinée à l’entretien de la voirie, des fontaines, des remparts, née pendant la « commune » au XIIe siècle, confirmée à la fin de celle-ci par les chartes de Philippe de Valois en 1331, et encore en 1753 par la Conseil d’Etat. Elle est payée par tous les particuliers « forains » conduisant leurs bêtes ou voitures à Laon.

Laon et les emplacements des bureaux d’octroiBonaparte, en fructidor an VIII impose l’octroi au conseil municipal pour mettre fin au déficit du budget de la ville. Dès lors les recettes dues à cette taxe assurent pendant 140 ans la moitié des recettes totales de la ville. C’est tellement intéressant qu’à partir de 1862 on impose des surtaxes sur les alcools. En fait, une grande variété de produits est imposée selon l’unité ou le poids ou le volume comme « la hottée » de raisin qui équivaut à 180 litres de vin. Ils sont classés en quelques grandes catégories. Les « liquides » (les alcools ou « boissons hygiéniques ») ont une place prépondérante au début du XIXe siècle, mais déclinante par la suite. Les « comestibles » (les viandes) priment à leur tour, assurent la moitié des recettes pendant l’Entre-deux-guerres. Les « fourrages », « combustibles » et « matériaux » sont d’un rapport croissant. L’importance respective des produits révèle la structure de la consommation locale, donc l’évolution du genre de vie de la population.

 

Le mode de perception de l’octroi

Percevoir les taxes n’est pas simple. Le système varie. On adopte soit la régie municipale de 1800 à 1803, de 1810 à 1812, de 1877 à 1934, soit le fermage de 1804 à 1809, soit le secours de l’administration des contributions indirectes, en fait voulu par Napoléon 1er, de 1813 à 1877 et après 1934.

La géographie de la ville pose le problème le plus délicat. Le site, double, de butte et de pied de butte, la fractionne. Laon dans ses remparts se limite à la butte sur laquelle elle est installée et six faubourgs isolés se sont formés à l’arrivée des routes au pied de la butte. Il faut délimiter une véritable circonscription d’octroi repérée par 10 poteaux, plantés à quelques kilomètres sur les grands chemins qui convergent vers Laon : ils préviennent de l’entrée dans la zone taxée. La perception se fait uniquement, longtemps, aux quatre portes principales de l’enceinte sur le plateau. Des barrières contraignent les forains entrant dans les faubourgs à aller s’y déclarer.

 

Les bureaux d’octroi

Au cours de la première moitié du XIXe siècle, le péage se fait donc aux quatre portes. Le bureau de la porte Luceau, à la sortie de la route royale 2 Paris-Maubeuge vers Maubeuge, perçoit la majorité des recettes. Celui de la porte Saint-Martin, à l’entrée de cette même route dans la ville, rapporte déjà moins. Ceux d’Ardon et de Saint-Just sont secondaires car ils sont à l’écart du principal axe de circulation et les chemins d’accès sont plus raides.

La situation est loin d’être figée. Suite à l’accroissement du trafic, un nouveau bureau, de style néo-classique, est bâti en 1847 au faubourg de Semilly, à l’arrivée de la route de Paris et en 1869, un autre est installé au centre de La Neuville. En conséquence, celui de la porte Saint-Martin inutile est fermé.

Il l’est seulement pour vingt ans car en 1889, la municipalité change d’avis, décide d’en reconstruire un nouveau à l’entrée de la rue Saint-Martin (rue de la Libération actuellement), de fermer celui de La Neuville pour un ouvrir un à Saint-Marcel, au carrefour de la RN44 et de la rampe Saint-Marcel qui mène au Plateau.

Le développement économique et la primauté du transport ferroviaire à la fin du XIXe siècle bouleversent la géographie de l’octroi. Le bureau d’Ardon « descend » de la porte sur la butte à la grande place dans le faubourg même. Celui de la porte Luceau disparaît en 1888. Celui de Vaux est déplacé de l’entrée à la sortie de la Grande Rue, au début de la rue de Reims, mais toujours au carrefour des routes nationales 2 et 44. Toutefois, le bureau de la gare édifié en briques et pierres en 1877, et celui de l’abattoir, proche, mis en service en 1882, assurent à partir de ce moment les trois quarts de recettes de l’octroi et deviennent pendant 60 ans indispensables aux finances de la ville.
Octroi de Semilly et de St Martin Crédits : C. Carême

 Bureaux d’octroi de Semilly et de Saint-Martin (C.Carême)

L’histoire de l’octroi révèle l’histoire, la géographie, l’économie de la ville.
 

 

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Carême, Claude

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