Musée Boucher de Perthes

Hommage au père de la préhistoire

Labellisé « musée de France », le musée Boucher-de-Perthes est administré par la ville d’Abbeville. Ses collections à vocation encyclopédique couvrent trois domaines : Beaux-Arts, Préhistoire et Antiquité, Sciences Naturelles. Elles ont été constituées par la fusion en 1954 de deux institutions abbevilloises du XIXe siècle : le musée d’Abbeville et du Ponthieu, et l’ancien musée Boucher-de-Perthes.


Musée Boucher de Perthes, Abbevile - Beffroi et ancienne trésorerie Crédits : Musée Boucher de Perthes

Le musée d’Abbeville et du Ponthieu

Il est fondé en 1833 par la Société d’Émulation historique et littéraire d’Abbeville, à l’initiative de son président, Jacques Boucher de Perthes. De nombreux dons et legs ont permis la constitution des collections, et facilitent leur développement .

Dans un premier temps, les collections du musée concernent principalement les domaines de l’histoire naturelle et des antiquités, puis les beaux-arts constituent un ensemble de plus en plus cohérent. En 1837, le musée, alors situé dans le pavillon du champ de foire, accueille les collections de la ville et devient à ce titre communal. En 1842, il est transféré dans la halle aux denrées, et est ouvert au public. Les collections s’agrandissent et atteignent de telles proportions qu’il faut trouver un nouveau bâtiment ; en 1872, le musée déménage dans l’hôtel Duchesne de Lamotte puis, en 1880, dans l’hôtel Foucques d’Emonville (qui abrite aujourd’hui la bibliothèque municipale). Ses collections sont épargnées par les bombardements de 1940 ; mais de mauvaises conditions de conservation détériorent un certain nombre de pièces.

L’ancien musée Boucher-de-Perthes

Jules-Armand Guillaume Boucher de Crèvecoeur réunit dans son hôtel de Chepy, acheté peu après son arrivée à Abbeville, des peintures, des gravures, des médailles, des livres, des minéraux… Son fils, Jacques Boucher de Perthes, gagné par fièvre de ce qu’il appelle « le sanctuaire de la science et de l’art », accumule à son tour des faïences, des bois sculptés, des meubles anciens et, bien sûr, des collections de pierres taillées et d’ossements fossiles.

À sa mort en 1868, l’hôtel de Chepy et les trésors qu’il renferme sont légués à la ville, à la condition de ’ne point transformer le lieu’. Cette dernière volonté est exaucée, du moins jusqu’au 20 mai 1940, lorsque la ville est bombardée. le bâtiment est en ruines, et seule une partie des collections, évacuée à temps, échappe à la destruction. C’est en son hommage que le nouveau musée prend le nom de Boucher de Perthes. Ce nouvel ensemble bénéficie de dommages de guerre.

L’actuel musée Boucher-de-Perthes

Le musée est installé depuis 1954 dans un bâtiment composite, dont l’histoire et la valeur symbolique sont parmi les plus riches d’Abbeville. Le beffroi, érigé à partir de 1209, est l’un des plus anciens de France. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO depuis juillet 2005. Avec la trésorerie datant de 1467, il constitue le seul vestige de l’ancien Hôtel de Ville détruit par les bombardements de mai 1940. En 1952, la municipalité a décidé d’y adjoindre deux ailes de brique et de béton pour y installer le nouveau musée, inauguré en 1954. L’aménagement des nouvelles salles s’échelonne jusqu’à la fin des années 1980. En 1926, le beffroi est inscrit à l’inventaire des Monuments historiques.

Le musée Boucher-de-Perthes obtient en 2003 le label Musée de France.

Les collections de préhistoire et d’Antiquités du musée

Les bombardements du 20 mai 1940 ayant conduit à la destruction d’une grande partie de la collection de Jacques Boucher-de-Perthes, le musée possède peu d’objets issus de ses fouilles. Les quelques outils datés du Paléolithique symbolisent toutefois ses recherches pertinentes et novatrices démontrant que l’homme était contemporain des grands mammifères, et plus particulièrement des mammouths. Ils proviennent principalement de sites tels que Saint-Acheul, Abbeville, et plus particulièrement des carrières Carpentier, Léon, et Menchecourt. Les trois périodes du Paléolithique supérieur, moyen, inférieur, sont représentées, particulièrement les techniques de débitage, l’industrie osseuse et les outils lithiques.

La période du néolithique est figurée par la poterie en terre cuite et les outils polis tels que l’herminette. Une maquette représentant une maison néolithique permet d’appréhender concrètement la question de l’habitat, prisée par le public scolaire. Le néolithique ouvre sur l’âge du bronze. Le musée Boucher-de-Perthes possède d’importantes pièces métalliques, des armes, des outils, des éléments de parures, torques et fibules. De surcroît, des objets exceptionnels issus d’une tombe de Vismes-au-Val sont exposés ( mobilier, épées, vases en céramique illustrant les innovations techniques de l’âge du Bronze et témoignant de l’arrivée des peuples nordiques). Les fouilles effectuées lors de la construction des autoroutes A 28 et A 16 ont permis de mettre à jour des objets de grande qualité, datant des époques gallo-romaine et mérovingienne : céramiques, verreries, bijoux d’inspiration nordique. Enfin, le musée Boucher-de-Perthes conserve des collections mérovingiennes très rares, découverts découdans le site de Vron : vaisselle, armes et parures... Les ceinturons et plaque-boucle sont richement parés.

Les collection de Sciences Naturelles du musée

La collection de sciences naturelles du musée est constituée tout au long du XIXe siècle. Les oiseaux sont classés en trois groupes : les espèces disparues ou en voie d’extinction, les espèces menacées, et les oiseaux de la faune locale (Baie de Somme et parc du Marquenterre).

Le musée conserve notamment des falconiformes (rapaces), des podicipiformes (oiseau nageant en eau douce ou salée), des procellariiformes (tels les albatros), des alciformes (pingouins) et des pélécaniformes (oiseaux de mer). La collection d’entomologie est complexe et difficilement évaluable, car son état de conservation est préoccupant. Les deux séries de spécimens les mieux conservées sont les papillons et les scarabées. Par ailleurs, le musée ne présente que très rarement les herbiers du XIXe siècle, en raison de leur fragilité. Ils demeurent les témoins du souci d’exhaustivité et de classification des botanistes de ce siècle.

Les collections beaux-arts du musée

Le musée offre un panorama exhaustif de l’activité artistique du XIe au XVIe siècle, de la production locale et nordique. Sculptures en ivoire et en bois, retables et albâtres sculptés, objets de dévotion en métal et en pierre... La collection du musée est riche et diversifiée. Des dépôts permanents du musée du Louvre enrichissent les collections présentées au public, notamment le célèbre triptyque du Maître de la légende de sainte Godelieve.

Le XVIIe siècle est quant à lui illustré par des peintures et objets d’art issus des collections de Jacques Boucher-de-Perthes, et sont attribués à des artistes du nord de la France et de l’Europe, tels Cornelis de Vos, Peter van Mol et Nicolas de Poilly. Le musée expose également des œuvres du XVIIIe siècle réalisées par François Lemoyne, Nicolas de Largillière, Jean-Baptiste Greuze, Nicolas Lépicié et Pierre-Adrien Choquet. Peintures, sculptures. Des éléments d’arts graphiques et des objets d’art sont conservés en réserve. Le XIXe siècle est peu représenté dans les collections du musée, cependant les œuvres exposées n’en demeurent pas moins importantes et sont signées Camille Claudel, Louis Braquaval et Adrien Dauzats.


Alfred Manessier - Baie de Somme

Donation Manessier

Né en 1911 à quelques kilomètres d’Abbeville, Alfred Manessier est un artiste majeur de la seconde moitié du XXe siècle. Il s’inscrit dans le courant pictural de la Nouvelle École de Paris (Kijno, Singier, Schneider, Pignon, Lapicque, Soulages, De Staël, Hartung, Mathieu, Poliakoff, Magnelli, Music...). Après qu’il ait rélisé les vitraux de l’église Saint-Sépulcre d’Abbeville, dévoilés en 1993, Alfred Manessier se rapproche du Musée Boucher-de-Perthes, et il conçoit l’idée d’une importante donation.

Quelques projets d’extension du Musée sont esquissés, mais son décès brutal ne lui laisse pas le temps de concrétiser son projet. Ce sont Thérèse Manessier, son épouse, puis ses enfants qui confirment une première donation de 252 œuvres sur papier en 2001 ; le Musée d’Abbeville conserve actuellement ce fonds. Un projet de donation a été validé en 2007 et comprend 537 œuvres (dont 20 peintures) d’Alfred Manessier, qui seront dévolues au musée après la création d’un département Manessier dans le musée.

Réaménagement et extension du Musée d’Abbeville

Depuis 2009, un projet de réaménagement et d’extension du Musée Boucher-de-Perthes a été validé, après la réalisation d’une étude de faisabilité architecturale. Les bâtiments actuels seront réaménagés afin de permettre une accessibilité à tous les publics, de concevoir des moyens de conservation ambitieux et une mise en exposition du fonds conservé au musée depuis 1833 ( œuvres du Moyen-âge au XXe siècle, objets antiques et issus de la préhistoire locale). Un département consacré aux sciences naturelles y sera aménagé.

L’extension du musée est prévue à l’avant du site, des fouilles préventives seront menées au préalable.. Lea nouvelle aile abritera les donations Manessier dans le cadre d’un département dédié à l’artiste ; un large espace pédagogique et d’accueil sera mis en place.

Jacques Boucher de Perthes, né en 1788 à Rethel et mort en 1868 à Abbeville, est l’un des plus célèbres préhistoriens de France ; il est considéré comme le fondateur de cette discipline. Sa théorie, qui affirme que l’homme existait avant le déluge biblique, déchaîna les controverses et les crititques, aussi bien de l’église que de la communauté scientifique...

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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