Lacoche, Philippe

Écrivain et journaliste

Romancier, journaliste, nouvelliste, Philippe Lacoche est né en 1956 à Chauny dans l’Aisne et a passé sa jeunesse à Tergnier. La Picardie est très présente dans nombre de ses œuvres. En grand spécialiste du rock, il interviewe certains des artistes invités au festival de musiques actuelles Picardie Mouv.


Philippe Lacoche

Petit-fils de cheminot, son grand-père Alfred était contrôleur aux chemins de fer du Cambrésis bien avant la nationalisation. Fils de cheminot, son père Alfred était employé de bureau d’arrondissement à Tergnier (Aisne), nœud ferroviaire important au nord de Paris. Cheminot lui-même, enfin presque. Philippe (l’ami du cheval de fer, le lien ferroviaire est maintenu) Lacoche, né le 27 janvier 1956 à Tergnier, cité cheminote et résistante par excellence, dans la vapeur des machines à charbon et la percussion and roll, métal contre métal des roues sur la voie ferrée, fourbit à la fin des années 1970 ses premières lignes dans les colonnes de La Vie du Rail cependant qu’il est encore étudiant à l’IUT de Tours, section journalisme.

« Il faut honorer Lacoche en donnant son nom à un quai dans une gare du Nord », écrit le pyrénéen Christian Laborde, son ami en écriture, dans Chiendents, revue littéraire animée par Roger Wallet et dont le numéro 4 daté de décembre 2011 est consacré à Philippe Lacoche, le hussard de l’automne. L’auteur de L’os de Dionysos a toujours à portée de la main, à côté d’une bouteille de tariquet, Tendre rock, paru en 2003, où le tacatac tacatac du train répond aux riffs de guitares qui traversent le livre et les années 1970, décor de la mélancolie lacochienne… de vie.

En ces seventies où tout semble permis mais qui marquent le crépuscule des Trente glorieuses, le jeune Lacoche décroche un stage chez Best, mensuel rock né en 1968. Nous sommes à l’été de 1977. Pigiste régulier, il est le missi dominici du titre envoyé dans les provinces françaises afin d’y découvrir les groupes appelés à faire l’actualité. Le rock d’ici est né et Lacoche alimentera la rubrique jusqu’en 1991. En 1988 paraît son premier roman à la consonance singulière Rock d’Issy qu’il dédie à Christine, Féline conquête du narrateur Phil Issy qu’il a séduite en jouant la carte Best et rassurée en abattant celle de La Vie du Rail.

« Comment peut-on à la fois écrire sur le rock et sur le chemin de fer ? », l’interroge Féline. « Je me le demande encore aujourd’hui », feint-il de répondre. Depuis la Somme a coulé sous les ponts d’Amiens, Phil Issy Lacoche a cessé ses piges cheminotes et quitté Saint-Quentin et L’Aisne nouvelle qui l’avait recruté comme localier en février de 1979. En mai 1983, il rejoint Le Courrier picard, gagne Beauvais, pousse la critique rock dans Fréquence Frantz, prend en 1986 la direction de l’agence d’Abbeville et rock toujours Lee Brilleaux de la baie de Somme, pousse jusqu’à Amiens en 2003 pour devenir Le marquis des dessous chics, du nom de sa nouvelle rubrique hebdomadaire d’abord le mardi dans la locale Amiens et depuis 2009, et la nouvelle formule du quotidien picard, le dimanche en toutes éditions.

Il écrira également dans les colonnes du Magazine littéraire, entre 1991 et 2000, collaborera au service littéraire du Fig Mag et se commettra le jeudi dans les pages du Figaro littéraire entre 2004 et 2008. C’est au cours de ces années qu’il se forgera de solides amitiés : Patrick Besson, François Cérésa, Jérôme Leroy… Il fait son Service littéraire depuis quelque temps dans la jeune revue créée en 2007 par Cérésa pour défendre et illustrer la langue française. « C’est un mensuel dans lequel des écrivains écrivent sur des écrivains », prévient Philipe Lacoche dont le Rastignac du rock, Phil Issy, s’est effacé derrière Antoine. Lacoche a remis l’ouvrage sur le métier : Tendre rock sorti en 2003 est la réécriture de Rock d’Issy. Mais le livre est plus que jamais offert à Christine-Féline et à leurs enfants Etienne et Marine. Et à Téléphone, groupe qui a fait de leur vie une romance.

Et entre 1988 et 2003, le journaliste-écrivain publie ses livres majeurs : Cité Roosevelt (1993), l’enfance à Tergnier, rue des Pavillons rebaptisé plus tard rue des Lutins, à un jet de pierre de cette cité dite d’urgence où il joue aux petits coureurs du tour de France sur un tas de sable et où un ouvrier coureur cycliste amateur lui enseigne l’art de la pichenette au pouce ; Le Pêcheur de nuages (1996), la sortie de l’enfance marquée par l’enseigne Chez Josiane, prénom de la bistrotière rémoise où il boit son premier demi pression avec son cousin Simon, « à la fois dégoûté et attiré par ses manières » et la prise d’un brochet, un monstre de 12 kilogrammes arraché aux eaux de la Vesle ; et Des petits bals sans importance, le passage de l’adolescence à l’âge adulte, clin d’œil joyeux et fraternel aux groupes de baloche, les Karl Stevens, Sounds et autres Strangers, avec lesquels il a rythmé, entre 1972 et 1980, la vie des campagnes axonaises à animer les soirées dansantes en égrenant la variété musette avec ses valses et paso doble entrecoupés de quelques morceaux de rock de Chuck Berry ou des Stones. Au demeurant, Philoche Lapipe, ancien fumeur de gitanes converti aux blondes légères, se commet toujours sur la scène picarde avec les Scopytones, à la basse et à l’harmonica, fidèle aux hymnes des 30 Glorieuses.
Philippe Lacoche paye le plus de sa personne dans ces trois livres : c’est là où il se livre le plus, où il donne à voir la plus grande part de son être.

A Serge Boulard, son professeur de français en classe de troisième au collège Joliot-Curie à Tergnier qui lui a dessillé les yeux, il doit la découverte du Grand Meaulnes d’Alain Fournier. « Il m’a donné le goût de l’écriture, de la lecture et le sens l’indépendance d’esprit », le remercie-t-il par delà les années. De Jean Poupard, son professeur de philosophie en terminale au lycée Henri-Martin à Saint-Quentin, « un type épatant et merveilleux, élève de Gaston Bachelard », il revendique son initiation au mouvement dada et au surréalisme.
S’il se réclame des hussards (Roger Nimier, Michel Déon, Antoine Blondin, Jacques Laurent et Kléber Haedens), Lacoche a cependant l’âme buissonnière et la littérature vagabonde . Il lit invariablement Guy de Maupassant. Patrick Modiano, Blaise Cendras, Roger Vailland… Ses amis du Service littéraire. Et son cher Diderot que lui a enseigné son professeur de français.

«  On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. » Lacoche en est convaincu. Mais il sait aussi que sans sentiment tout court, il n’est pas d’écriture. Son dernier roman, Des rires qui s’éteignent, paru aux premiers jours de l’année 2012, l’atteste. L’auteur se laisse aller à sa chère mélancolie à l’accent picard jamais démenti qu’il a porté comme un étendard dans Pour la Picardie, pamphlet sentimental. « C’est le plus mélancolique et le plus seventies de mes livres. Il est dans le prolongement de La Promesse des navires », avoue l’auteur.
Le spleen de cet humaniste éclairé et républicain intransigeant dont le regard scrute au loin la colline de Valmy, est résolument picard, et Denis Tillinac (ancien journaliste à La Dépêche et écrivain, auteur de Spleen en Corrèze), maître du genre, demeure le guide des localiers.

Romancier, journaliste, nouvelliste, Philippe Lacoche est né en 1956 à Chauny dans l’Aisne et a passé sa jeunesse à Tergnier. La Picardie est très présente dans nombre de ses œuvres. En grand spécialiste du rock, il interviewe certains des artistes invités au festival de musiques actuelles Picardie Mouv.

A lire !

Les Yeux gris, Le Castor Astral, 2006.

Tendre Rock ,Mille et une nuits, 2003.

Rock déçu, Mille et une nuits, 2003.

Scooters, Le Rocher, 1994, 2002.

Des porcs très célébrés, Le Castor Astral, 2001.

Un léger désenchantement, Flammarion, 2000.

La Promesse des navires, Flammarion, 1998.

Des petits bals sans importance, Le Dilettante,1997.

Le Pêcheur de nuages, Le Dilettante, 1996.

Le Phare des égarés,La Bartavelle, 1994, (nouvelle édition Le Castor Astral, 2005).

Cité Roosevelt, Le Dilettante,1993.

Rock d’Issy, Ledrappier, 1988.

Les Ténors du rock, Jacques Grancher, 1984.

Philippe Lacoche par « Picardia », publié le 22/02/08

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

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