Deniélou, Guy

(1923 – 2008)

Le Président fondateur de l’université de technologie de Compiègne (UTC), ancien officier de marine et chef de département au CEA obtient pour mission en 1972 de bâtir une « université d’un type nouveau », véritable fabrique d’ingénieurs.


Guy Deniélou Crédits : Jacques Franz

Compiègne coule des jours paisibles dans la France pompidolienne lorsque Guy Deniélou, ancien officier de marine et chef de département au CEA (Commissariat à l’énergie atomique), y est dépêché par Olivier Guichard, ministre de l’Education nationale, pour y implanter l’université de technologie de Compiègne (UTC) dont le décret de création a été promulgué le 2 octobre 1972. Guy Deniélou peut dès lors bâtir cette « université d’un type nouveau », véritable fabrique d’ingénieurs, fort du soutien jamais démenti de Jean Legendre qui en avait fait son adjoint aux affaires économiques en 1983.

Sous-marinier puis chercheur en génie nucléaire

Mais, précédant son parcours universitaire, Guy Deniélou a vécu deux autres carrières : la première militaire en tant qu’officier de marine commandant de sous-marins et la deuxième scientifique comme chercheur en génie nucléaireau CEN (Centre d’études nucléaires) de Grenoble puis au CEN de Cadarache. Après des études contrariées par la Seconde Guerre mondiale (il ne peut terminer ses études à l’Ecole navale) puis interrompues par la libération de Paris au mois d’août de 1944 (il ne peut terminer Sciences Po où il s’était rabattu), il rejoint la marine. Nommé chef du corps franc marine à Boulogne-sur-Mer, il fait, en septembre de 1944, le siège de Dunkerque. et En 1946 et 1947, il est en Indochine où il participe au débarquement d’Haï Phong. De retour en métropole, il devient sous-marinier. D’abord officier sur trois bâtiments, il est nommé commandant du Saphir en 1954 puis de l’Artémis en 1955. Les études concernant la réalisation d’un sous-marin nucléaire ayant débuté, Guy Deniélou travaille alors au service de construction des armes navales de Cherbourg et suit, en 1957 et 1958, le cours de génie nucléaire à Saclay. L’officier de marine retourne à la vie civile en 1959 lorsqu’il est recruté par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Il participe, sous l’autorité du professeur Louis Néel à la création du CEN de Grenoble. Il rejoint Cadarache pour organiser les essais et le démarrage du réacteur expérimental Rapsodie, premier de la filière à neutrons rapides. Promu chef du département des réacteurs à neutrons du CEA en 1971, Guy Deniélou conçoit le réacteur à neutrons rapides Phénix, précurseur de Superphénix.

Le bâtisseur de l’UTC

Le projet d’imaginer « une université d’un nouveau type » au nord de Paris, est confié à une petite équipe constituée par Olivier Guichard et dirigé par Bernard Delapalme, ancien rapporteur général de la commission du Plan "Réflexions pour 1985 ». Guy Deniélou en est. Et c’est à lui qu’échoit la mission de jeter les fondations et faire prospérer ce qui allait devenir l’université de technologie de Compiègne inspiré du modèle du Massachusetts institute of technology. Dès le départ Guy Deniélou annonce la couleur : « Il faut créer un nouveau type d’ingénieur qui puisse se réaliser en tant qu’ingénieur, c’est-à-dire qu’il faut en fait retrouver l’esprit qui animait ces ingénieurs à la fin du XIXe siècle. Ces promoteurs du progrès, ces réalisateurs de grands travaux, ceux qui, comme Eiffel, ont ouvert l’avenir en construisant des œuvres fortes qui font maintenant partie du patrimoine de la Nation, des hommes héroïques à l’égal des pionniers de Jules Verne qui transformaient la nature pour le bien de l’humanité... Pour y parvenir concrètement, il faut bâtir une structure neuve dans son esprit et dans sa forme, qui ne puisse être assimilé ni aux Universités au sens classique du terme, ni aux Grandes Ecoles traditionnelles. Il ne s’agit pas de concurrencer les unes ou les autres sur leur propre terrain, mais de trouver une place originale. » Guy Deniélou entend aussi rapprocher l’université de l’industrie, ouvrir l’université vers l’étranger, vers l’entreprise, vers les communautés locales.

Jean Legendre, sensible à ce propos, l’accueille à bras ouverts et l’installe dans un bureau de son hôtel de ville. Guy Deniélou met à profit cette première année compiégnoise pour régler les questions d’intendance et recruter de jeunes maîtres de conférence qu’il convainc à le rejoindre dans l’aventure : Dominique et Jean-Paul Barthes, Ghislaine Blanchard, Bernard Dubuisson, Georges Chevalier, Paul Gaillard, Maurice Gélus, Daniel Thomas… les pionniers de l’UTC canal historique qui, en 1973, accueillent les 83 premiers étudiants de Tronc commun venus essuyer les plâtres. Guy Deniélou les répartit dans des locaux aussi divers que variés : La maison de l’Europe, des pré-fabriqués dans le quartier de Royallieu, des salles du lycée Mireille-Grenet… Puis tout s’enchaîne : le centre Benjamin-Franklin, dont la première pierre a été posée en juillet 1973, reçoit la communauté universitaire en 1976 et le Centre de recherches de Royallieu ouvre en 1978. Non sans quelque désagrément. Guy Deniélou doit batailler ferme pour circonvenir les réticences de la Commission du titre d’ingénieur à délivrer le droit de décerner le diplôme d’ingénieur. L’autorisation est donnée en 1975, trois ans après l’arrivée des premiers étudiants. Mais son combat le plus âpre, il le mène contre Alice Saunier-Séïté, ministre des Universités sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, décidée à rayer l’UTC de la carte qu’elle considère comme « une opération politique énarchique inutile » … « où sont recueillis les recalés des grandes écoles ». Combat qu’il gagnera de haute lutte. L’UTC ayant sauvé sa tête se développe de plus belle sous l’impulsion de Guy Deniélou : ouverture d’un département de génie informatique ; création de DGS (Développement général de la personnalité) appelé à devenir TSH (technologie et sciences de l’homme) en 1985 qui regroupe les sciences humaines et les langues ; signature d’accords avec des universités étrangères ( le premier double diplôme d’ingénieur est signé avec l’université de Cranfield en Grande-Bretagne), accueil d’étudiants étrangers et envoi d’étudiants compiégnois aux USA, Angleterre, Allemagne, Suède, Espagne…

Et cerise sur le gâteau, l’UTC de Guy Deniélou est à l’origine de la naissance d’entreprises dans ses murs : Compiègne Science Industrie, société coopérative ouvrière de production dans le domaine du service technologique et de la valorisation de la recherche, voit le jour en 1981 ; la sarl STRACO (Structure et acoustique par ordinateur) suit en 1986. Et de la création par essaimage à Sévenans, à un jet de pierre de Belfort d’un département de l’UTC qui portera le nom exotique d’UTCS - Université de technologie de Compiègne Sévenans. Gilbert Karpman, ancien directeur aux relations industrielles de l’UTC, en devient le patron. Devenue autonome en 1991, elle fusionne avec Ecole nationale d’ingénieurs de Belfort pour devenir l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard, UTBM, en 1999.

La succursale de Troyes ouvre en 1993 dans l’esprit insufflé par Guy Deniélou. Paul Gaillard, ancien directeur à l’enseignement et la pédagogie de l’UTC, prend en main les destinées de cet établissement devenu l’UTT en 1994, l’université de technologie de Troyes. Alors qu’une quatrième carrière s’annonçait, Jean Legendre l’ayant désigné pour lui succéder à la mairie de Compiègne, Guy Deniélou est victime d’un accident de santé au printemps de 1985. De retour à l’UTC à l’automne, il prépare sa succession à l’UTC. Michel Lavalou, qu’il a choisi et qu’il a présenté en octobre 1986 comme son successeur à Jean Legendre, devient président du directoire de l’UTC le 1er janvier 1987.

François Peccoud, troisième président de l’UTC, fera en 1995 le déplacement de Chabeuil dans la Drôme pour y recevoir l’adoubement du père fondateur. Chabeuil où Guy Deniélou s’éteint le 12 décembre 2008.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

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