Chanson de Craonne

La chanson de la Grande Guerre

La Chanson de Craonne occupe une place importante dans la mémoire de la Première Guerre Mondiale mais son histoire reste souvent mal connue.


Manuscrit de la chanson de Craonne - Manuscrit de la chanson de Craonne

Les paroles de la chanson

Voici le texte stabilisé tel qu’il s’est imposé dans l’après-guerre, d’abord publié sous le titre Chanson de Lorette par l’écrivain et militant communiste Paul Vaillant-Couturier en 1919, titre transformé à partir des années 1920 en Chanson de Craonne .

Quand au bout d’huit jours, le repos terminé,
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personn’ ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civelots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s’en va là haut en baissant la tête…

Refrain :

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés,
C’est nous les sacrifiés !

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes…

(au refrain)

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

(au refrain)

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les troufions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau !

Interprétation par Éric Bleuzé


Éric Bleuzé - Éric Bleuzé

Le comédien-chanteur Eric Bleuzé qui avait transformé Roses de Picardie en bossa-nova pour Picardia, a également interprété l a Chanson de Craonne dans une version a capella tout en retenue et sobriété.

L’origine de la chanson de Craonne

Le texte de la chanson fait référence aux combats de 1917 au Chemin des Dames, au sud de Laon, dans l’Aisne.

Le « plateau » surplombe le village de Craonne, théâtre des premiers jours de l’offensive Nivelle d’avril 1917. Celle-ci avait pour but de rompre avec la guerre des tranchées. La force des positions allemandes sur les hauteurs ainsi que la démesure du plan entraînèrent un échec complet. Les combats de l’offensive Nivelle sont d’une grande violence et terriblement meurtriers. On dénombre des pertes de plus de 130.000 hommes en l’espace d’une dizaine de jours.

Dans un contexte marqué par le limogeage de Nivelle, la première Révolution russe et une importante série de grèves à l’arrière, le commandement doit faire face a de nombreux actes d’insoumission, de refus collectifs d’obéissance, de mutineries dans plus de 150 unités de l’armée française.

C’est à cette indiscipline que fait allusion le dernier couplet qui assure que « les troufions [les soldats] vont tous se mettre en grève ».

Certains soldats employèrent effectivement le vocabulaire de la grève lors des mutineries.

L’un d’eux écrit : «  Il y a un peu de scandale en ce moment et c’est un peu général partout. Un certain genre de grèves, quoi ! » (Rapport du contrôle postal, 9 juin 1917, archives du SHDT 16N1521).

La Chanson de Craonne associe le village de Craonne à l’événement.

La chanson a plusieurs auteurs, car plusieurs versions se succèdent depuis le début de la Première Guerre mondiale, en fonction des points stratégiques du front, des batailles les plus acharnées. En 1914, elle apparaît sous le nom de Chanson de Lorette , avant que son texte n’évoque le plateau de Champagne au cours de l’automne 1915, puis Verdun en 1916. L’année suivante enfin, c’est « à Craonne sur le plateau qu’on doit laisser sa peau ».

Le texte, fruit d’une élaboration lente et de l’amalgame de plusieurs versions, ne fait pas référence qu’à l’échec de 1917. Il contient aussi des allusions au quotidien des tranchées : le moment crucial de la « relève  » qui signifie la fin du danger pour les uns et le risque de mort pour ceux qui « vont chercher leur tombe  », la permission qui permet de voir les « embusqués  » (pour les combattants, les hommes échappant indûment au conflit) sur les « boulevards » parisiens ; l’opposition souvent fortement ressentie (mais grossie pour les besoins de la chanson) entre civils protégés (« civelots  ») et fantassins exposés (« purotins  »). 
Elle est rédigée sur l’air de la chanson Bonsoir M’amour , publiée en 1911 (paroles de Raoul Le Peltier, musique de ), un procédé courant à l’époque.

Procédé courant à l’époque, le texte, anonyme, se chante sur un air qui ne l’est pas, Bonsoir m’amour, valse à succès de 1911. Cette dernière avait été écrite par René Le Peltier sur une musique de Adelmar Sablon, pseudonyme de Charles Sablon .

Interdit sur les ondes françaises jusqu’en 1974, le texte le plus courant est diffusé par Paul Vaillant-Couturier, après guerre.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; LAVAL Nadine

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