Abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache

fondée en 945

Seule abbaye de Thiérache encore existante, Saint-Michel est l’un des lieux de culte les plus anciens de Thiérache.


Abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache - Saint-Michel-en-Thiérache, l'abbatiale Crédits : CRDP d'Amiens

L’histoire

Dès la fin du VIIe siècle, l’évêque de Lobbes, Ursmer choisit ce lieu alors reculé pour y créer un lieu de prière et d’évangélisation. À sa mort, intervenue en 713, son aura va en faire un lieu de pèlerinage.

La première abbaye est fondée en 945 par la fille du sire de Chimay sous les auspices d’un groupe de moines irlandais évangélisateurs. Elle devient alors un centre de diffusion de la foi chrétienne.

Construit à la fin du XIIe siècle selon un plan très original avec ses chapelles absidiales qui ouvrent sur les bras du transept à 45° par rapport à l’axe de la nef, c’est le choeur de l’église qui a fait la renommée de Saint-Michel.

L’élévation intérieure est à trois niveaux avec de grandes arcades, triforium et fenêtres hautes. C’est encore la persistance des églises romanes dans cette architecture gothique dite de « transition ».

Au XIIe siècle, de nombreux ordres monastiques s’implantent surtout à Foigny avec les Cisterciens et c’est alors le déclin de l’abbaye pour des raisons spirituelles et territoriales puisqu’il faut vendre des biens de Saint-Michel pour les donner aux autres ordres.

Jacques d’Avesnes marque cette époque pour le meilleur et le pire de l’abbaye. En 1173, il la dote de nombreux biens et la première campagne de reconstruction est alors entreprise.

En 1297, des troubles éclatent en Flandre, des pillards ravagent la Thiérache ; 1337 marque le début de la guerre de Cent Ans avec son cortège de destructions. Des villages sont brûlés (comme celui de Saint-Michel) par Jean d’Aubenton en 1340. Pour survivre l’abbaye doit vendre ses biens et en 1536 les moines sont contraints d’abandonner leur domaine.

En 1542, elle est définitivement incendiée et les bâtiments menacent de s’écrouler.
Le 36e abbé François de Pilla redresse la situation et en 1598 la paix revient grâce à Henri IV. Le traité de Vervins met fin à la guerre d’Espagne et l’édit de Nantes arrête les guerres de Religion.

Saint-Michel est sauvé grâce à Jean-Baptiste de Mornat considéré comme le second fondateur de l’abbaye. Il rétablit l’église avec la restauration de la partie gothique du choeur et du transept ainsi que la façade ouest insolite chef d’oeuvre de l’Art baroque.


Façade ouest de l’Abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache - Saint-Michel-en-Thiérache, l'abbatiale Crédits : CRDP d'Amiens

Malgré l’incendie qui la ravage en 1715 et qui épargne les orgues livrées par Boizard en 1714, elle se relève une nouvelle fois.

Le cloître et les bâtiments conventuels sont reconstruits de 1716 à 1721.

Sous la Révolution, l’abbaye est vendue comme bien national.

On y installe alors successivement au cours du XIXe siècle une verrerie et une filature de coton, puis une fabrique de chaussures. Un orphelinat de jeunes filles y est fondé sous les auspices du bienfaiteur de la ville, Savart.

En 1895, le choeur et le transept de l’église sont inscrits sur la liste des Monuments historiques.

Pendant la guerre de 1914-1918, les cloches sont enlevées par l’occupant mais l’orgue est sauvé.

En 1970, l’orphelinat est fermé et la grande salle du rez-de-chaussée, rénovée, sert de cadre à différentes associations culturelles.

Un nouvel incendie en 1971 ravage partiellement l’édifice, marquant le début d’une réflexion sur le devenir de ce site exceptionnel.

En 1981, la ville de Saint-Michel acquière l’abbaye et, en 1980, les grandes orgues entièrement restaurées par la maison Haerpfer sont officiellement inaugurées.

La restauration de l’ensemble abbatial se poursuit encore actuellement.

La découverte et la restauration à partir de 1986 d’un cycle de peintures murales consacrées à la vie de saint Benoît, ensemble unique en Thiérache et dans le nord de la France, a permis de mettre au jour un épisode particulièrement intéressant de l’Histoire de l’art. Exécutées probablement au tout début du XVIIe siècle, elles sont le fruit d’une combinaison habile de plusieurs modèles de gravures italiennes et flamandes que l’on a pu retrouver et dater de 1578 à 1596.

Les lieux, où la vie quotidienne s’organise toujours suivant la règle de Saint Benoît, rompent chaque année avec leur isolement, pour accueillir au début de l’été un festival réputé de musique baroque.

En partenariat avec France musique, ses enregistrements – notamment ceux qui utilisent l’orgue de Jean Boizard (1714) - sont diffusés dans la collection discographique Tempéraments.

Une référence pour les mélomanes et les baroqueux.

L’architecture

L’église abbatiale est un rare exemple de la diffusion et de l’importation de l’architecture baroque italienne dans le nord de la France. La façade de l’église construite par J-B de Mornat dans la première moitié du XVIIe siècle évoque plus le portail du Gesu à Rome que celui des églises de Thiérache. On y remarque des motifs utilisés dans la Renaissance italienne, comme les vases à l’antique reposant sur les volutes des ailerons et les coquilles ornant la base des niches ainsi que la fenêtre à l’étage.

Le fronton du portail est décoré de cornes d’abondance, de grappes et de guirlandes. Le choeur gothique du XIIe siècle est très bien proportionné et ressemble un peu à une fleur avec ses chapelles implantées à 45° par rapport à l’axe de la nef.

La croisée du transept a été remaniée au XVIIe siècle et était surmontée à l’origine par une « tour-lanterne » comme dans la cathédrale de Laon. On peut encore y voir les vestiges à l’intérieur des combles. Cette « tour-lanterne » a été remplacée par une flèche en charpente.

Le musée de la vie rurale

Une part importante de l’activité et des ressources patrimoniales de Saint-Michel tient à la présence dans les bâtiments de la ferme du Musée de la Vie Rurale.

Relevant du réseau de l’Écomusée de Fourmies, il s’est attaché à collecter et étudier les aspects liés à la culture et aux pratiques sociales, culturelles et économiques du monde rural thiérachien.

S’organisant sur une base thématique, les activités de l’homme en rapport avec les milieux du bocage ou de la forêt, le musée a engagé une politique active d’expositions et publications, issues des collectes de près de 3 000 objets au cours des années 1950-1960, telle la vannerie en Thiérache qui permet de retracer tout un pan de l’activité de la Thiérache aux siècles derniers.

La commune de Saint-Michel en Thiérache


Mairie de Saint-Michel en-Thiérache - Saint-Michel-en-Thiérache, mairie et siège de la communauté de communes Crédits : CRDP d'Amiens

C’est grâce à son abbaye que la commune de Saint-Michel en Thiérache, commune de 3500 habitants, est réputée.

Modeste village lors de la Révolution française, la commune doit son essor au développement des fonderies de Sougland, qui ne comptent une soixantaine d’employés aujourd’hui.

Dans le petit canton d’Hirson, c’est la commune la plus peuplée derrière son chef lieu, elle fait partie de la Communauté de communes du Pays des Trois Rivières, qui regroupe vingt-six communes sur les deux cantons d’Hirson et d’Aubenton.

Créée en 1995, en remplacement de l’ancien syndicat intercommunal, la communauté de communes a son siège à Saint-Michel, le bâtiment voisin de la mairie.

Mais le pays manque d’un axe structurant de communication et souffre de l’éloignement d’une métropole et l’’emploi local en déclin, le chômage élevé et la population vieillissante.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Guiochon, Xavier-Philippe

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